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  Sgang Gwaay ou Skung Gwaii


 Pays: Canada
 Ville : Haïda Gwaii
 Epoque: Epoque contemporaine
 Date: 5ème/19ème siècle

Contexte géographique et historique

Au large de la Colombie Britannique (Canada), se situe un archipel connu sous le nom des « Iles de la reine Charlotte » et appelé par les autochtones, Haïda Gwaii.

Cet archipel se compose d'îles montagneuses. Seule la plus grande, l'île Graham, située au nord présente une région plate.

Durant la préhistoire et plus précisément vers la fin de la dernière glaciation, le chenal qui sépare Haïda Gwaii et le continent était pratiquement à sec. Certaines parties de ce passage étaient probablement habitées.

Vers le 10ème millénaire avant JC, la fonte des glaces provoqua la montée du niveau des eaux et l'inondation de cette portion de la côte américaine bien au-dessus du niveau actuel de la mer.
Les mythes rapportés de génération en génération parlent de cette période et attestent la présence des Haïdas dès la fin de la glaciation, ce qui en fait le peuple connu le plus ancien du Nouveau Monde.

On a retrouvé quelques outils en pierre taillée datant de cette époque.



Les Haïdas

Les Haïdas entrèrent en communication avec les tribus du continent en franchissant le détroit au moyen de pirogues. Ils venaient chercher les matières qui leur manquaient pour fabriquer leurs outils comme l'obsidienne.

Il y a 5000 ans, la population était assez importante. Elle était devenue sédentaire et les premiers villages ont été construits à cette époque.
Excellents marins, les Haïdas n'hésitaient pas à affronter les continentaux. Une fois leurs raids accomplis ils regagnaient leurs îles, assurés de ne pas être poursuivis dans les eaux dangereuses du détroit.





Sgang Gwaay

Les Haïdas avaient une organisation sociale très structurée. L'ensemble de la population était partagé en deux moitiés, les Corbeaux comprenant 22 lignages et les Aigles comprenant 23 lignages.
Les mariages se faisaient obligatoirement entre les deux groupes et les enfants appartenaient à la moitié de la mère.
Chaque famille habitait une seule maison. Elle se composait de +/- 30 personnes dirigées par un chef qui pouvait devenir également un chef de guerre en cas de conflit. La charge était en général héréditaire mais un nouveau chef pouvait s'imposer si sa fortune était plus grande ou si il possédait une forte influence sur les autres membres de la famille.


Les fouilles archéologiques ont révélé l'existence de plus de 500 villages haïdas.
Parmi ceux-ci le site de Sgang Gwaay (ou Skung Gwaii) situé sur l'île Anthony au sud de l'archipel a été repris en 1981 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Lors de sa découverte au 19ème siècle par les Européens il fut renommé selon le nom de son dernier chef traditionnel, Ninstints. Depuis il a retrouvé son nom d'origine.



Histoire du village

Le village est particulièrement remarquable pour abriter les plus beaux exemplaires de mats mortuaires de la culture haïda.

Le village Skung Gwaii faisait partie du groupe des Haïdas Kunghit. Ils ont probablement fondé le village vers le 5ème siècle de notre ère et devait comporter une vingtaine de maisons pour une population de +/- 300 personnes.
En 1774, le premier européen, un explorateur espagnol du nom de Juan Perez, atteignit les côtes des Iles de la Reine Charlotte et entra en communication avec les Haïdas.
Ceux-ci profitèrent de ces relations pour écouler des fourrures et des objets artisanaux ce qui leur assura une certaine richesse comme en témoignent les poteaux décorés, mats totémiques et funéraires.

Malheureusement ces contacts leur amenèrent également les épidémies, particulièrement de variole et c'est ainsi que vers la fin du 19ème siècle, la majorité des Haïdas avaient disparus.
Les quelques survivants du sud de l'archipel abandonnèrent leurs villages pour se regrouper aux Haïdas du nord.
En 1884, Skung Gwaii était déserté.

Malgré les dégradations, les pillages, les vols.. ce village a été mieux préservé que les autres en raison de son isolement et de son éloignement des côtes canadiennes.
Certains poteaux ont été enlevés vers le milieu du 20èem siècle et sont dorénavant exposés dans différents musées.
Depuis peu, la vingtaine de mats restant sur place a été redressée et la petite plage de forme arrondie a retrouvé partiellement son décor d'autrefois.


Les poteaux

Ces poteaux ont été sculptés dans du bois de cèdre et étaient apposés contre les façades des maisons. Ils avaient pour la plupart une vocation funéraire. Un coffre contenant le corps du défunt était déposé sur le sommet du poteau. Les décors représentaient des animaux totémiques ou racontaient l'histoire de la famille attachée à la maison du mort.


Les habitations

Les villages haïdas étaient construits le long de plages, ce qui facilitait à la fois le ramassage des coquillages et le départ des pirogues. Ils étaient composés d'une ou plusieurs rangées de maisons construites en bois de cèdre rouge. Leurs tailles variaient entre 6 mètres sur 9 et 15 mètres sur 18 et pouvaient abriter des familles entre 30 et 60 personnes, y compris leurs esclaves de guerre.
Ces maisons étaient toutes composées d'une vaste pièce dont le centre était réservé au foyer. Au-dessus de celui-ci, un orifice faisait office de cheminée mais également, selon leurs croyances, servait à laisser entrer les âmes des nouveaux-nés et sortir celles des défunts.


Mobilier

Selon la fortune de la famille, le toit était construit en planches ou en écorce.
Outre les poteaux, les façades et les chevrons pouvaient également être sculptés.

Le mobilier des Haïdas était extrêmement sommaire. Des cloisons en bois décorées séparaient la pièce afin de donner un minimum d'intimité aux habitants.
Le mobilier était composé de coffres de rangement et de quelques sièges réservés aux chefs et à leurs épouses. Chaque pièce était sculptée.

Vannerie

Pour compléter ces objets en bois, les femmes haïdas produisaient de la vannerie. Ainsi naissaient de leurs mains habiles, des paniers pour les vêtements et le stockage des aliments, des berceaux, des nattes aux motifs géométriques servant pour dormir, manger, …. Leur travail était tellement serré que les paniers pouvaient contenir des liquides et servir à faire bouillir de l'eau.

Les Haïdas étaient donc de remarquables artisans et ils échangeaient leurs productions contre des denrées et des matières premières introuvables dans leur île. Ils étaient spécialisés dans les bijoux en argent, les boucliers en cuivre, les coffres sculptés….
Lorsque les Européens parvinrent jusqu'à eux, ils adaptèrent leurs oeuvres pour répondre à leurs demandes.

De nos jours

De nos jours la population haïda s'est petit à petit reconstituée et a dépassé les 3000 individus.
L'art haïda avait disparu en même temps que les hommes lors de l'épidémie de variole vers la fin du 19ème siècle.
Fort heureusement vers le milieu du 20ème siècle, des musées et des universités tentèrent de reconstituer cette culture essentielle à la compréhension du peuplement du Nouveau Monde. Quelques descendants haïdas en profitèrent pour réapprendre les techniques artistiques de leurs ancêtres.
Dorénavant, la culture haïda est revalorisée et protégée par une nouvelle génération d'artistes. L'ensemble de l'archipel est devenu parc national du Canada.


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